Poésie de Blanche Lamontagne

Blanche Lamontagne (13 janvier 1889 – 25 mai 1958) a été non seulement la première poétesse à publier ses recueils au Québec mais aussi la première à afficher son art sans pseudonyme et ainsi affronter la critique littéraire.

Elle a été l’instigatrice du genre régionaliste, un genre poétique qui donne plus d’importance au fond qu’à la forme.  Le genre régionaliste est celui qui met en valeur le quotidien des habitants, qui utilise leur patois, qui s’attache au réalisme par opposition au genre romantique qui verse dans les états d’âme et au genre moderne qui s’enracine dans l’irréel.

Pour faire une comparaison avec la peinture, le genre régionaliste est à la littérature ce que le réalisme est à la peinture.

Extraits sonores – lecture de poèmes

Donneuse de voix : Diane Boudreau | Durée : 2min | Genre : Poésie

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Titres honorifiques de Blanche Lamontagne

Le nom du parc Blanche-Lamontagne de Montréal honore sa mémoire comme celui du mont Blanche-Lamontagne, l’un des sommets des monts McGerrigle situé dans la région de la Gaspésie.

Inspiration musicale pour Blanche Lamontagne

Blanche Lamontagne-Beauregard a, pour sa part, signé un poème, « Xavier Mercier », dédié au ténor québécois.

Rôle nationaliste de la poésie de Blanche Lamontagne

La Société du parler français de Québec vient de découvrir en la personne de Blanche Lamontagne le poète canadien régionaliste dont cette association rêvait depuis cinq ans.

Instigatrice d’un genre, opposé à celui de Nelligan

Voici quelques extraits qui expliquent comment Blanche Lamontagne était la contemporaine de Nelligan mais aussi une auteure phare dans un courant le régionalisme, divergent du modernisme le courant littéraire dans lequel Nelligan était le leader.

La première grande oeuvre régionaliste

Si le genre apparaît populaire, aucun texte ne peut cependant jouer seul les fonctions d’emblème. Il faut attendre 1913 pour qu’un recueil de poésie soit officiellement reconnu comme premier modèle: Visions aspésiennes de Blanche Lamontagne est salué comme la première grande oeuvre régionaliste.

Thème de la maison abandonnée

Le thème de la maison abandonnée vient hanter les poètes et les poétesses comme le témoigne cette étude du site web La littérature québécoise, étude qui compare un poème de Blanche Lamontagne aux autres poètes du terroir, certains étant ses contemporains.

La vie littéraire au Québec: 1895-1918

Au printemps de 1911, la Société du parler français au Canada lance un concours littéraire auquel Blanche Lamontane participe en envoyant une suite de 37 poèmes sous le pseudonyme de ‘Pour la Patrie’.

Lucie l’aveugle

Elle était aveugle de naissance. Elle se nommait Lucie. Ses parents étaient de ces habitants de vieille souche, fervents dans l’âme, qui continuent sur la terre nouvelle, les saintes croyances des ancêtres.

La maisonnette sur la colline

Je sais une maisonnette, là-bas, sur la colline.

L’ombre des peupliers la recouvre, la paix l’enveloppe, le silence l’entoure, et le bonheur la remplit… Elle est un nid humain à l’abri des souffles terrestres.

La mesure de blé

L’année était dure. La gelée avait passé, l’automne précédent, sur les récoltes ; c’était un temps de disette où la farine était rare. Les huches manquaient de pain, et bien des pauvres étaient affamés. Et voici que l’heure des semences était venue, et la plupart des habitants n’avaient pas de grain pour ensemencer.

La belle Octavie

La belle Octavie vient de mourir. Quel désarroi dans notre petit village ! Cette mort c’est un peu le deuil de chacun, car elle était un ange cette fille, et tous l’aimaient. Ah ! il y a vraiment de bien braves gens sous le ciel ! Aussi belle de l’âme que du visage, toujours douce et souriante,

Les hommes du large

« Larguez l’écoute, père François, vl’à l’vent qui tourne ! » On voit, à bord, un homme se lever vivement, et le bateau s’arrêter comme indécis. On entend siffler les cordages, battre l’aile des voiles, puis tout à coup, hop, il a changé de direction, et le voilà parti pour la grand’mer. Obéissant à l’ordre de son compagnon, le père François a lâché l’écoute, le vent a pris de nouveau dans la voile : la goélette gagne le large…

Le réveil de l’ancêtre

Sous le sommet
Du vieux toit, au grenier des mansardes,
Sont des lits de bois noir, des tapis et des hardes :
C’était là que l’aïeul, le vieux maître, dormait.

La grand-mère

Hier, il vint chez nous un pauvre mendiant. Cet homme – l’être le plus étrange que j’aie connu – me raconta cette histoire que j’écoutai avec la plus grande avidité :

– Ma mère, dit-il, mourut en me donnant le jour. Je fus recueilli au berceau par ma grand-mère que mon adoption sembla consoler de la mort de sa fille.

Vaisseau fantôme

Le navire était noir et la voile était blanche… Déjà plusieurs affirmaient l’avoir vu, par les soirs brumeux, au large des îles grises et désertes. C’était un vaisseau mystérieux monté par un équipage invisible. Nul bruit, nulle voix.

Quand les lampes sont allumées

Quand les lampes sont allumées,
Que les fumées
Montent dans le noir,
On se sent l’âme heureuse
Et pieuse,
Le soir…

L’horizon

Bénissons Dieu pour cet horizon qu’il nous donne,
Pour la mer, large filet bleu,
Où dans les vents la voile s’abandonne.
Bénissons Dieu !

La fileuse à la fenêtre

C’était là que, le front tout nimbé de lumière,
Cependant que le lin séchait aux soliveaux,
Elle filait, filait ses écheveaux,
Mon aïeule, la belle et robuste fermière.

Patrie

Quel est ton nom, magique flamme,
Plus forte que tout autre amour,
Que nous portons tous en notre âme
Et qui grandit de jour en jour ?